Discours de M. le ministre de la Défense et des anciens combattants Gérard Longuet (+ galerie photos)

Officiers, sous-officiers et officiers-mariniers, soldats, marins, aviateurs et personnels civils de la défense,

Il y a plus de vingt ans aujourd’hui, la France, répondant aux exigences de son rang international et en pleine cohérence avec ses valeurs, décide de s’engager résolument aux côtés de ses alliés pour obtenir la libération du Koweit envahi par l’Irak.

Mises en alerte au début du mois d’août, dans les jours qui suivent le début de l’offensive irakienne, les armées françaises débarquent dans le port saoudien de Yanbu dès le 29 septembre 1990. Elles commencent alors à s’entraîner au combat que tous sentent inéluctable dans les immensités désertiques du nord de l’Arabie Saoudite, sur un terrain et dans des conditions climatiques extrêmes. Elles participent activement à l’embargo destiné à faire plier l’Irak en contrôlant les débouchés de la Mer Rouge et le détroit d’Ormuz.

Toutes les tentatives de négociation ayant échoué face à un adversaire qui mise sur la pusillanimité de la communauté internationale, le recours à la force s’impose pour faire respecter le droit.

Le 17 janvier 1991 à 01h00 du matin, l’opération “Tempête du Désert” est déclenchée en application de la résolution 678 du conseil de sécurité des Nations Unies.

Durant six semaines, nuit et jour, les forces aériennes françaises et coalisées mènent des opérations de destruction des unités de combat irakiennes.

Alors que l’arme aérienne entame durement les capacités des forces irakiennes, la division “Daguet” s’installe en zone de déploiement opérationnel à quelques kilomètres de la frontière séparant l’Arabie Saoudite de l’Irak, se préparant au combat dans une tension qui croît jusqu’au 24 février, début de l’engagement terrestre. En trois jours de guerre éclair, en flanc garde de l’armée américaine, la division Daguet culbute les défenses de la 45ème division irakienne, s’empare de la ville et de l’aéroport d’As Salman et s’installe en couverture face à la garde républicaine.

Plus de 11.000 soldats, marins et aviateurs, médecins et infirmiers français participent à cette opération au bilan particulièrement éloquent : 3.000 soldats irakiens capturés, une base aérienne saisie, de très nombreux chars, blindés et pièces d’artillerie détruits. Certains sont ici présents ; sur les rangs ou au sein des associations d’anciens combattants, notamment au sein de l’Amicale des Anciens de la Division Daguet.

Aujourd’hui, je veux leur rendre hommage.

Je veux leur dire la reconnaissance du Koweit libéré.

Je veux leur dire la fierté de nos compatriotes : ils l’avaient exprimé, ici même, à Nîmes au retour de nos soldats, il y a 20 ans. Ils l’expriment aujourd’hui encore par leur présence. Je veux reconnaître surtout la valeur de leur engagement courageux, de leur discipline, de leur sens de l’honneur et du sacrifice pour le bien commun.

Je veux leur dire enfin, qu’ils ont écrit le prologue de la transformation des armées françaises. Car l’opération Daguet est une matrice d’où sortiront tous les bouleversements doctrinaux et organisationnels qui, en vingt ans, auront permis à nos forces de devenir l’instrument de puissance moderne et performant dont la France a un infini besoin en ce début de XXIème siècle bien incertain.

Au moment d’évoquer avec eux leurs morts et leurs blessés, je souhaite me recueillir avec une gravité partagée dans le souvenir de leurs successeurs qui, depuis vingt ans, dans toutes les opérations extérieures où la France a engagé ses trois couleurs, ont eux aussi payé le prix du sang. Cet engagement extrême a été celui de nos anciens au cours de toutes les batailles dont les noms sont inscrits dans les plis des drapeaux, étendards et fanions présents ici. Ce don de soi à son pays est celui de tous ceux qui sont, aujourd’hui encore, engagés sur nos théâtres d’opérations, en Afghanistan, au Liban, en Côte d’Ivoire, au Kosovo, en Lybie et en océan Indien.

Cette générosité absolue fait la force et l’honneur de notre nation. Sans elle, les modernisations les plus remarquables de notre outil de défense seraient vaines. Sans elle la France serait impuissante à faire respecter ses valeurs, à combattre pour le droit, à œuvrer avec détermination pour la paix.

Aujourd’hui comme hier, les armées bâtissent notre histoire à force de dévouement, de service et de courage. Cette réalité doit être rappelée sans cesse, servir de fondement à notre mémoire collective, inspirer notre volonté de vivre ensemble.

Voilà le sens de l’inscription “Koweït 1990-1991” sur les 17 emblèmes présents ici aujourd’hui comme ils l’étaient il y a vingt ans dans les sables de l’Irak. Voilà également ce que signifiera le futur monument que je veux voir érigé à la mémoire de nos combattants morts dans les opérations extérieures et pour lequel une mission de préfiguration va être créée.

Officiers, sous-officiers et officiers-mariniers, soldats, marins, aviateurs, il y a 20 ans, les hommes et les femmes de la division “Daguet” ont porté haut les couleurs de vos unités et ont fait honneur à la France.

Sur la trace de vos anciens, je vous fais confiance pour servir notre pays dans l’honneur et pour garantir le succès des armes de la France.

Gérard LONGUET

Ministre de la Défense et des anciens combattants


Commémoration des 20 ans de l’opération Daguet par armeedeterre

Crédit photos : Stéphane Gaudin / THEATRUM BELLI