SidlerBernard Sidler, photographe de presse, était envoyé spécial pour le Figaro Magazine au moment de la guerre du Golfe en février 1991. Immergé au 1er régiment de spahis (1er RS), il a accepté de plonger dans ses souvenirs, ses notes et ses archives, pour raconter son expérience.

Toujours en quête d’exclusivité car les photographes sont tenus de ramener de l’image, à la différence de la presse écrite, Bernard était intervenu avec insistance pour être « immergé » dans une unité française, en tant qu’ancien Second Maître de la marine et ancien photographe de l’ECPA ayant couvert notamment l’opération Manta en Afrique.

En novembre, il avait eu l’occasion de publier un grand reportage dans son hebdomadaire sur le 1er Spahis (1er RS) et le 2e Etranger d’infanterie (2e REI), et n’a pas été étonné lorsque le SIRPA lui a fait discrètement savoir de se tenir prêt à partir rejoindre le 1er RS, ce qu’il a fait l’avant-veille de l’offensive terrestre. Justement, il avait demandé à être placé « le plus en avant possible ».

De cette époque, il n’a pas gardé les souvenirs les plus précis, ni toutes ses archives, ayant fait don d’une grande partie de ses photos au 1er RS et d’un certain nombre d’autres sur les CRAPS au 1er RPIMa. Par chance, il a retrouvé le petit dictaphone auquel il confiait impressions et précisions au fur et à mesure, pour pouvoir ensuite légender précisément ses photos. Et grâce auquel il n’a pas hésité à retrouver le fil de son expérience unique « d’embedded » français. Au prix d’un gros travail de mémoire et de concentration, car les impressions dictées au dictaphone sont à peine audibles au milieu des bruits les plus divers : vent sur le micro, moteur des véhicules, squelsh de la radio, tirs d’artillerie, tir d’armes automatiques, on l’entend parfois crier tant le bruit autour est fort.

Propos recueillis par Pierre BAYLE

 

Comment s’est passé le départ en opérations ? 

Le 23 février 1991, à 6h30, j’ai été amené à Rafah, face à la frontière irakienne, et de là au 1er Spahis, où le colonel Barro m’a affecté au 3e escadron. Et c’était un privilège parce que son commandant, le capitaine d’Andlau, m’a d’office mis à disposition sa P4 de commandement et son conducteur, « Fox Lima », me permettant ainsi d’avoir une relative autonomie. Le régiment était alors déployé à quelques kilomètres de la frontière irakienne, matérialisée par une impressionnante falaise, tous les hommes étaient prêts à partir et cachaient mal une certaine impatience de sortir de cette phase d’attente interminable…

 

Vous aviez une vue précise de la situation tactique ? 

Pas du tout, dès que j’ai été intégré à l’escadron, j’ai été coupé du PC du régiment. Mais j’ai été adopté assez vite par les hommes de l’escadron. On m’explique qu’il va y avoir entre sept et dix jours d’opérations, que l’escadron devrait avoir « les missions les plus fortes et les plus intéressantes » et que le 3e RIMa sera à notre droite. J’essaie d’imaginer dans ma tête comment organiser mon travail pendant cette offensive dont je ne sais rien de plus. La contrainte du photographe, c’est d’être aussi proche que possible de l’événement, de le voir physiquement.

 

Comment s’est passé le démarrage de l’opération ? 

Nous étions à une quinzaine de km à l’est de Rafah, et à une dizaine de km au sud de la frontière irakienne. Face à nous, la falaise qui matérialisait la frontière. On m’a dit qu’elle avait été désertée par les Irakiens suite à des tirs intensifs du 11e RAMa un ou deux jours avant. C’est le moment où les unités sont briefées, du haut en bas de la chaîne hiérarchique, sur ce qui va se passer. La division Daguet va effectuer une percée de 300 km en territoire irakien. Il y aura deux groupements : à gauche le 1er REC et le 2e REI, au milieu, le 1er RS, et à droite un autre groupement avec le 3e RIMa et le chars AMX-30 B2 du 4e Dragons, derrière en soutien le 11e RAMa et le 6e REG – c’est en tous cas ce que j’ai retenu.

 

Vous avez donc une vision globale de l’opération ? 

Purement théorique. Il n’y a pas de contact physique entre les unités et je n’ai pas l’autorisation de circuler d’un régiment à l’autre ; je suis immergé dans mon escadron et dois me déplacer avec lui, je me contente de voir de loin les autres unités déployées autour de nous avant l’assaut à la falaise, c’est frustrant. La division effectue un premier resserrement avant l’assaut, elle réduit son front de 20 km à 10 km. On entend le bruit de tous ces moteurs, c’est impressionnant. Dans la mise en place, le 1er RS et le 1er REC vont ouvrir l’itinéraire, suivis de leur infanterie. On sent la fébrilité des hommes, après des mois d’attente. L’ultimatum est toujours en l’air, mais ça fait cinq mois qu’ils se préparent à la guerre…

 

Il y a chez eux de l’appréhension ? 

Peut-être mais surtout de l’impatience. L’inconfort croissant de cette position d’attente, avec le choc thermique de nuits très froides et de journées très chaudes. Le sable qui s’infiltre partout, maintenant qu’ils ont quitté leurs abris aménagés. Pour eux c’est une contrainte pour les armes et les équipements, pour moi ce sont les boîtiers et les objectifs qu’il faut protéger de la poussière… En plus la nuit on dort mal, avec le matraquage aérien des positions irakiennes qu’on entend jusqu’ici. Pour moi en plus il y a l’appréhension de ne pas me trouver au bon endroit, de rater l’événement et la photo exceptionnelle.

 

Nous sommes toujours le 23 ? 

Non, en fait le 23 c’était la préparation à la montée en puissance. On a eu droit aux briefings de reconnaissance et le colonel Barro est venu faire le tour des unités pour expliquer les objectifs et saluer les hommes avant la bataille. Il indique à ses cadres que des pertes sont prévisibles, sans doute importantes, mais que tout est assuré en termes de soutien sanitaire, d’évacuation et de traitement des brulés et des blessés chimiques. On est encore dans l’idée que les Irakiens vont massivement utiliser les armes chimiques. C’est là qu’il va dire que le lendemain à 3h30 du matin, quelle que soit la réponse à l’ultimatum – Saddam a déjà trop joué avec les recours diplomatiques, on partira à l’assaut.

Dans la nuit, préchauffage des moteurs, niveau 1 NBC, les éléments se forment en convoi pour passer la falaise. Je suis les ordres par les comptes-rendus radio. Le 24, à 4 heures du matin, nos éléments démarrent et escaladent la falaise, par les itinéraires préparés par le génie. Nous sommes devant le 2e REI. Peut-être le REC est-il devant nous, je ne sais pas, de toutes façons tout se passe dans le noir. J’ai l’impression d’être piégé, isolé de tout contact, pris dans un mouvement qui m’échappe totalement. Les Spahis me racontent que le franchissement de la frontière intervient cinq mois et un jour exactement après leur arrivée en Arabie saoudite. 

 

Et l’arrivée en Irak, c’est comment ? 

On débouche sur le plateau, c’est encore l’obscurité. On roule tous feux éteints. On distingue une colonne de blindés un peu plus loin. La radio annonce : « grenades sur la route ! ». On franchit sans problème. Puis : « les Irakiens devant nous à 5.000 ! ». Nous sommes sur un autre axe que nous allons ouvrir, on ne sait pas ce qui nous attend devant, quelle surprise possible ? La radio encore : « passage délicat – passer vite – risque de combat de chars ». les AMX10-RC tirent à 1.000, 1.500 m. On avance sans savoir, la seule indication que nous avons, ou qui arrive jusqu’à moi, c’est que la nuit précédente des hélicos ont déposé des forces spéciales US en éléments précurseurs. A 6h30, le jour s’est levé, nous roulons à toute allure après avoir quitté le dispositif avec le REC et le REI. Il y a des véhicules partout. C’est bien nous qui ouvrons l’itinéraire. Chaque véhicule roule dans les traces du précédent à cause du risque des mines. Il n’y a pas de piste, mais un sol plat avec des cailloux coupants, le capitaine dirige son escadron comme en mer, par satellite : il y a un recalage tous les 4 à 5 km par le NavStar. Notre colonne est formée par neuf AMX10-RC, trois VAB Hot et dix jeeps P4, soit une pour éclairer chaque 10-RC plus la P4 du capitaine. 

 

Le déplacement est donc rapide ? 

Très. Nous progressons par bonds de 4 à 7 km. Notre objectif final est un aéroport à 130 km au nord, je ne sais pas encore que ça s’appelle as-Salman. Nous sommes déjà à 30 km au nord de la frontière, l’escadron le plus à l’ouest de la division, donc de toute la coalition. On entend des tirs canon à l’ouest de notre progression, la radio indique que les Irakiens font mouvement sur le nord. Nous sommes ainsi le premier barrage blindé face à un éventuel renforcement irakien sur as-Salman. Mais les premiers contacts sont très encourageants. J’entends un compte-rendu : « ennemi faiblard – les trous de combat sont vides ». A chaque arrêt on se déploie en arc de cercle. 

Certains arrêts sont plus long, c’est pour permettre des tirs d’artillerie qui passent au-dessus de nos têtes. La radio annonce : « le 4e Dragons a fait 450 prisonniers irakiens ». Incroyable ! A dix km de l’objectif Valence, une batterie du 11e RAMa tire au-dessus de nous. On entend à la fois les départs et les arrivées des obus de 155 mm. L’air vibre des explosions. En arrivant sure Valence, dispositif de reconnaissance : les 10-RC en tête, suivis des P4, enfin les VAB derrière. Tout est désert, la progression reprend aussitôt. Compte-rendu : « c’est surprenant, aucune résistance ». La seule chose qui nous ralentit est la nature du terrain, avec ces grosses pierres rondes éclatées par le gel et qui forment des arrêtes coupantes, dévastatrices pour nos pneus.

On passe à côté d’une Toyota détruite avec des armes à bord, Kalachnikov, RPG, arme automatique, grenades. Mais on n’a même pas le temps de s’arrêter pour que je prenne des photos, c’est la course. Notre dispositif est de plus en plus étiré, nous devons être à 30-35 km en avant du PC du régiment. 

 

Vous vous arrêtez finalement ? 

A la nuit tombée, on bivouaque sur place. Nuit noire, sans lumière. A 21h50, changement de position, on se met en place pour préparer l’attaque sur as-Salman, prévue le 25 au matin. Notre objectif sera un carrefour stratégique, celui du REC, l’aéroport. Par la radio de la jeep j’entends le bilan de la journée : la division a eu un blessé seulement. Côté irakien, c’est la débandade. Le mot revient souvent. Les prisonniers se comptent par centaines, très peu d’officiers parmi eux : ils avaient fui avant l’attaque. 

 

Et l’attaque d’as-Salman ? 

Au petit matin, nous partons dans l’obscurité, tous feux éteints, en direction des positions irakiennes, que nous débordons largement par l’ouest. La visibilité est réduite, nous n’avons pas d’intensificateur de lumière sur les P4, à l’obscurité succède un brouillard qui nourrit l’incertitude. Nous roulons vite malgré tout, entre 40 et 50 km/h, et deux VAB se percutent dans le noir.

J’entends reparler de la 45e demi-brigade irakienne qui reviendrait vers nous. Puis plus rien. Je crois comprendre qu’à un moment, nous avancions tellement vite et la visibilité était tellement faible que nos propres éléments ont été pris pour des unités irakiennes. Nous avons frôlé le bombardement allié… Un survol de Gazelle Hot nous identifiera et évitera la confusion.

Les engins souffrent du mauvais terrain. Les pneus sont endommagés par les pierres coupantes, on doit attendre 50 minutes l’arrivée du soutien avec des pneus de rechange. C’est l’anniversaire du capitaine, qui a trente ans aujourd’hui.

A sept heures, nous sommes à 3 km de l’objectif, c’est l’attaque. Nouveau survol de Gazelle Hot, la radio lance : « foncez, c’est l’assaut ! » Nous faisons huit prisonniers, sortis de leur abri. On les fouille, on fouille leur poste : rien d’inquiétant. Des Irakiens sortent de partout, les mains en l’air, on entend encore des tirs d’artillerie. Compte-rendu radio : « deux fantassins ont ouvert le feu sur un 10-RC, on les a rafalés ». A l’horizon, un véhicule qui fume. On est ralentis par les soldats qui se rendent. C’est le 2e escadron qui va les prendre en charge. Un prisonnier me dit : « Saddam, no good ». Ce sont de simples soldats ou de petits gradés, il n’y a plus leurs cadres avec eux. Eux sont restés parce qu’on les a menacés. On leur a dit : « si vous abandonnez vos positions et désertez, on vous retrouvera jusque dans vos villages et on vous fusillera ». C’est ce qu’ils nous racontent. 

 

Pour vous, comme photographe, c’est un moment privilégié, le scoop que vous cherchiez ? 

Je regrette un peu de ne pas voir davantage ce qui se passe, mais suis satisfait d’être en tête du mouvement. C’est une drôle de guerre, tout est trop rapide, en plus il se met à pleuvoir. On sait qu’il y a encore des combats. A 14 heures, des Gazelle en train de nettoyer la zone sont prises à partie par des tirs de mitrailleuses. Des A-10 américains survolent nos positions pour intervenir, la visibilité est quasi nulle. L’artillerie intervient à nouveau. Nous sommes déployés au nord d’as-Salman, formant une nasse : tout ce qui refluera de la ville va tomber sur nous. 

 

As-Salman est déjà tombée ? 

Non, c’est le moment de l’attaque. A 14h45, j’entends « 1, 2, 3 (1er, 2e, 3e pelotons), position d’attaque ». Le REC est à l’arrêt juste derrière nous, on voir passer des CRAPS (commandos de recherche et d’action dans la profondeur) en camion, ma combinaison NBC est trempée.

Entre la fatigue et le froid, j’ai parfois du mal à comprendre où nous en sommes, d’autant que nous arrivons sur la ville par plusieurs côtés à la fois. A 17h30 il y a un changement de dispositif, notre escadron « vert » est mis en protection de l’escadron « rouge » (le REC), qui repasse devant. Nous sommes dans la ville, ou dans la partie militaire de la base, tout est détruit : le matraquage aérien a été redoutablement efficace. Au soir du 25, les combats ont cessé, la ville est contrôlée, il n’y a toujours qu’un blessé en tout et pour tout pour la division, malgré les tirs. Je m’endors dans la P4… 

 

Pourtant il va y avoir des pertes dans nos rangs… 

Oui, c’est le 26. La journée commence à 5h50 par un compte-rendu : « la division irakienne semble se renforcer ». On redémarre, dispositions de combat. On arrive en vue d’un petit fort. Le capitaine a compris que j’avais besoin d’avoir davantage de photos d’action, en-dehors des prisonniers irakiens.

Il m’emmène en P4 et me met en contact avec un lieutenant-colonel du 1er RPIMa, le LCL Leclere (officier “opérations” du groupement de commandos de recherche et d’action dans la profondeur – CRAP – du 1er RPIMa), que j’avais déjà rencontré lors d’un précédent reportage. Celui-ci m’accompagne auprès de Rosier (à gauche sur la photo) qui commande les CRAPS (chef de corps du 1er RPIMa et du groupement de commandos parachutistes). Les commandos se préparent à donner l’assaut à un petit fort, et je les accompagne.

A distance du fort ils se mettent en position, j’entre avec eux pour les prendre en photo, je suis frappé du fait qu’ils sont suréquipés en armement mais ne portent pas de gilet pare-éclats, dont ils n’avaient pas été dotés. Nous entrons, le fort est vide, je fais un tour sans rien voir de particulier, sans prêter attention à ce qui se trouve sur le sol. Au bout de deux à trois heures avec eux je dois les laisser, on m’appelle pour retourner à mon escadron qui reprend son mouvement.

Je m’en vais et c’est après mon départ que survient l’incident : l’un des commandos est tué par l’explosion d’une cluster, un autre l’est à son tour en lui portant secours. 24 autres seront blessés. Avec ma rédaction, nous avons décidé ensuite de n’utiliser aucune photo de la prise du fort, par respect pour les CRAPS. Je leur ferai parvenir toutes mes archives, la DICOD publiera une seule photo de groupe. Depuis, je revois souvent le général Leclere, qui a perdu une jambe mais a poursuivi une carrière exemplaire. 

 

Et comment se termine l’opération ? 

Je rejoins donc mon escadron, qui avance dans une tempête de sable. Le dispositif est en bataille à droite, face à un ennemi supposé, mais le mauvais temps empêche des reconnaissances aériennes. Le problème du remplacement des pneus devient pressant tous les véhicules ont des pneus endommagés. Enfermés dans les véhicules, les hommes souffrent de la chaleur. Mais c’est toujours l’impression d’une parfaite coordination, tout se déroule comme prévu. Derrière nous, la 82e Airborne a repris nos positions dans al-Salman après que nous ayons sécurisé la ville.

Dans la soirée, le capitaine d’Andlau me fait un débriefing : « la grande qualité de notre dispositif, c’est l’utilisation maximum de nos matériels avec la mobilité sur le terrain qui permet de larges débordements et une gamme étendue de missions, et la puissance de feu qui permet d’emporter la décision. Ici nous avons débordé l’ennemi par l’ouest pour le prendre à revers, il a été complètement surpris. La nuit nous a permis d’arriver avec tous nos moyens feux réunis pour attaquer l’objectif.

« Mais notre efficacité, c’est aussi quatre mois d’entraînement intensif sur la zone Miramar, quatre mois de découvertes, aussi, très intenses, puis un mois d’attente entre le début de l’offensive aérienne et notre engagement terrestre.

« Nous savions que nous serions engagés, nous avions reçu l’assurance que la division Daguet serait engagée, mais l’action commençait à tarder et chacun prenait son mal en patience. La mission du Spahis, c’était d’ouvrir un itinéraire à l’ouest du dispositif. En fait, nous avons constamment été en tête, du passage de la frontière jusqu’à l’objectif, du fait de la spécificité de nos équipements privilégiant la mobilité et la puissance de feu.

« Notre préparation an joué un rôle essentiel dans la cohésion du régiment, tout avait été minutieusement préparé et en particulier nous connaissions à fond cette armée irakienne, pour en avoir étudié tous les organigrammes, les matériels, leur concept d’emploi, leur tactique, etc. Nous nous étions imprégnés de leur style. La seule chose à laquelle nous ne nous étions pas préparés c’est la débandade à laquelle nous avons assisté, alors que nous avions prévu une certaine résistance. Aujourd’hui, alors que cette mission n’est pas terminée, je ne veux pas présumer de cet ennemi qui existe toujours : je ne sais même pas s’il s’est retiré, s’il a disparu, ou s’il est quelque part devant nous… Je ne veux pas présumer de l’avenir. Quant à la 45e demi-brigade, soit elle est retournée dans ses foyers, soit elle s’est regroupée quelque part devant nous, alors on va la chercher, on est là pour ça.

« Ce qui est certain c’est qu’après 48 heures de déploiement nous sommes toujours en tête, et nous pouvons être fiers des traditions d’audace portées par ce régiment, qui remontent à Leclerc et à Lyautey. Nos Spahis étaient enthousiastes à partir et en plus ils ont fait leur métier d’une façon très professionnelle. » 

 

Bernard, une conclusion personnelle sur votre immersion ? 

Heureux mais un peu frustré. D’abord, cette expérience était unique ; comme envoyé spécial du Figaro Magazine, il était essentiel que j’y sois et que je garantisse une certaine exclusivité à mon reportage. Mais au-delà, rien n’avait été prévu pour notre soutien logistique, je n’avais aucun moyen pour envoyer mes films. Je n’ai pu le faire qu’à la fin, alors que mes camarades non immergés avaient transmis leurs photos beaucoup plus tôt, donc j’ai raté mon bouclage. En plus, nous avons refait surface après la libération de Koweït City, et l’attention s’était déplacée de ce côté-là, l’histoire d’as-Salman n’intéressait plus personne, dommage pour la France et son engagement ! A l’évidence, l’expérience valait d’être tentée même si elle restait à parfaire. Mais pour moi ça restera surtout une aventure humaine extraordinaire…